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Stellantis bloque ses usines françaises sur manque de cellules

Stellantis ne stoppe pas ses lignes françaises faute de commandes. Le groupe les ralentit parce qu’il ne reçoit pas assez de batteries pour certaines versions électriques, surtout les versions à longue autonomie. L’arrêt annoncé touche Sochaux, Rennes et Mulhouse sur plusieurs jours en octobre, avec un point central : la chaîne électrique dépend encore d’un fournisseur précis, ACC.

Le goulot ne vient pas de la demande, mais de la cellule

Le 29 septembre, Stellantis a annoncé des pauses de production dans ses sites français. Sochaux doit s’arrêter du 23 au 30 octobre, Rennes du 22 au 30 octobre, et Mulhouse du 15 au 30 octobre selon les informations relayées par la presse et la communication du groupe. Le motif mis en avant n’est pas un recul commercial, mais un manque de batteries pour certaines variantes électriques.

Le point sensible concerne les batteries long range, produites par ACC, la coentreprise créée par Stellantis, TotalEnergies/Saft et Mercedes-Benz. Pour PureEV, c’est là que se joue l’essentiel : un constructeur peut lancer un véhicule, mais il reste dépendant d’une capacité industrielle très concrète, celle des cellules, avant même d’assembler les voitures.

ACC a démarré une production préliminaire à Billy-Berclau Douvrin en décembre 2023, puis Stellantis a encore décrit en 2024 une montée en puissance progressive de cette filière. Le même constructeur indiquait que cette montée devait alimenter les batteries standard range et long range de la plateforme STLA M. L’arrêt actuel montre que le calendrier industriel reste serré.

ACC reste au centre de l’équation

Le débat public a vite pris la forme d’une “pénurie de batteries”. Le mécanisme est plus précis. Stellantis dit ne pas recevoir assez de batteries malgré les progrès réalisés chez ACC, tandis qu’un porte-parole d’ACC a répondu dans la presse française que les objectifs de production 2026 n’avaient pas changé. Autrement dit, le sujet porte moins sur une absence totale de capacité que sur un décalage entre cadence disponible et besoins des lignes.

Ce décalage compte particulièrement pour les versions à longue autonomie, car elles concentrent une partie de la valeur ajoutée des modèles électriques. Elles conditionnent aussi le rythme de lancement des modèles sur plateforme STLA M, déjà pensée pour servir plusieurs marques du groupe. Quand la cellule manque, le calendrier commercial se grippe, puis la chaîne d’assemblage suit.

La séquence rappelle aussi une autre réalité industrielle : la batterie n’est pas un composant interchangeable comme un habillage intérieur ou un écran. Elle fixe la version vendue, le prix, l’autonomie et parfois le rythme de production de toute la gamme. Dans ce cas précis, le blocage ne vient pas d’un problème d’usine automobile isolé, mais d’un maillon amont qui n’a pas encore atteint le volume attendu.

Recharge plus puissante, cellules plus contraintes

Le dossier tombe alors que l’infrastructure de recharge prépare déjà l’étape suivante. EVgo a présenté le 29 septembre une architecture annoncée jusqu’à 750 kW, tandis que Mercedes-Benz et Alpitronic travaillent sur un chargeur haute puissance que le marché doit voir arriver à partir de 2026, avec jusqu’à 600 kW par point de charge. Ces annonces ne résolvent pas le problème de Stellantis, mais elles disent où se place la pression industrielle : produire des véhicules capables d’absorber plus vite l’énergie, puis déployer des batteries et des réseaux compatibles.

Pour les constructeurs, cela crée un double arbitrage. D’un côté, ils doivent sécuriser la cellule batterie, la vraie pièce rare du système. De l’autre, ils doivent décider quelles chimies et quelles architectures peuvent tenir le coût, la performance et le volume. Les développements autour des chimies orientées coût, dont les variantes LMR évoquées dans plusieurs projets industriels, vont dans ce sens : produire assez, à un prix tenable, pour des véhicules de masse.

Chez Stellantis, l’épisode français montre donc une chose simple : la cadence usine ne dépend pas seulement des chaînes de montage. Elle dépend de la capacité du fournisseur de cellules à suivre, modèle par modèle, version par version. Tant que ce point reste fragile, chaque retard chez ACC peut se transformer en arrêt de ligne chez le constructeur.

La suite dira si Stellantis absorbe ce décalage ou si d’autres pauses apparaissent sur les mêmes familles de véhicules. Pour l’instant, l’arrêt français sert de test très concret : sans cellules au bon format, la voiture électrique ne sort pas de l’usine, même quand la demande existe.