Décryptage

Comment un horloger amateur de cigares a donné naissance à la Smart

Nicolas Hayek, patron de Swatch, entame au tournant des années 1990 un projet de petite voiture urbaine destinée à transporter « deux personnes et deux caisses de bière » à bas coût. Des archives d’Autocar retracent la genèse de ce projet imaginé d’abord comme un véhicule électrique accessible.

Face aux limites technologiques des batteries de l’époque, le concept évolue rapidement vers un système hybride : moteur thermique 250 cm3 couplé à une batterie au plomb pour prolonger l’autonomie. Hayek mise aussi sur des carrosseries plastiques colorées et des films de peinture amovibles pour rendre la voiture modulable et tendance.

Le projet attire l’attention de grands constructeurs : un accord est conclu avec Volkswagen, mais la priorité change lorsque Ferdinand Piëch réduit les investissements pour défendre les projets internes de VW. Mercedes‑Benz intervient ensuite et propose une joint‑venture, Micro Compact Car (MCC), pour industrialiser l’idée.

En 1994 Mercedes présente des concepts électriques jumeaux et confie le développement à une petite équipe basée à Renningen. Les ingénieurs adoptent le « sandwich principle » issu de l’A‑Class pour garantir la sécurité malgré les dimensions réduites, et prévoient des variantes diesel‑hybrides et électriques à moteurs dans les moyeux.

En mai 1995, la marque reçoit un nom‑marque : Smart (S de Swatch, M de Mercedes et ART). La production doit se concentrer dans une usine révolutionnaire à Hambach, en France, avec 30 fournisseurs sur site et un investissement annoncé de 305 millions de livres.

Le modèle aboutit en mai 1997 et se présente comme une réponse industrielle à la mobilité urbaine compacte. Les choix technologiques et l’organisation industrielle témoignent d’un mouvement de fond : la collaboration intersectorielle et l’expérimentation de nouveaux formats de production.

Trente ans plus tard, la marque a élargi son offre vers les SUV électriques avant de confirmer le retour d’un miniature deux places pour 2026, rappelant l’ambition originelle et la tension constante entre identité produit et exigence commerciale.

Pourquoi c’est important
L’opération illustre la capacité d’un acteur extérieur à réorienter les stratégies des constructeurs historiques et à imposer un modèle industriel nouveau : co‑développement, usine fournisseur intégrée et architectures de sécurité inédites. Ces choix ont structuré des investissements lourds, modifié les chaînes d’approvisionnement et posé les jalons d’une offre urbaine qui reste stratégique aujourd’hui, alors que la mobilité citadine cherche à concilier coûts, sécurité et électrification.
À retenir

  • Nicolas Hayek de Swatch initie un projet de micro‑voiture électrique transformé ensuite en hybride faute de batteries adaptées.
  • Un partenariat initial avec Volkswagen capote, puis Mercedes entre en jeu via la joint‑venture Micro Compact Car (MCC).
  • Le véhicule adopte le « sandwich principle » pour la sécurité et prévoit des variantes électriques et hybrides.
  • Le nom Smart est dévoilé en 1995; une usine à Hambach et 30 fournisseurs sur site doivent industrialiser le projet pour 305 M£.
  • La marque dévie ensuite vers des SUV électriques mais confirme le retour d’un petit deux‑places pour 2026, réaffirmant le concept originel.

Source : https://www.autocar.co.uk/car-news/from-the-archive/how-cigar-chomping-watchmaker-invented-smart-car